Artisanat : dans l’atelier de poterie de Louise Defente, en baie de Somme

Dans son atelier de poterie baigné de lumière, au bord d’une route de campagne en baie de Somme, Louise Defente laisse libre cours à son savoir-faire. Avec beaucoup de cœur et de joie, elle façonne la terre et la décore à la manière d’un peintre, transformant les pièces les plus utilitaires en œuvres d’art du quotidien.

Par Pauline Louis – Photographies : Anne-Claire Héraud

Comment en êtes-vous venue à la poterie ? Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Quand j’avais 7 ans, j’allais à un cours de poterie avec mes sœurs aux Beaux- Arts municipaux. Ce qui n’était qu’une simple activité extrascolaire a marqué ma rencontre avec la terre. J’ai su assez tôt que je souhaitais m’orienter vers un parcours artistique, alors j’ai passé un bac d’arts appliqués. J’ai enchaîné avec deux ans à Sèvres, où j’ai obtenu un DMA en céramique ; la poterie de mon enfance était revenue comme une évidence. Puis j’ai ressenti le besoin de me former par mes propres moyens en sortant de l’académique. J’ai donné des cours de poterie à des enfants, j’ai fait un peu de graphisme et je suis partie trois mois au Maroc, au cœur de la colline des potiers à Safi, près d’Essaouira, pour découvrir leur savoir-faire ancestral. C’est là que j’ai découvert la technique de la terre vernissée.

Pouvez-vous nous en dire plus ?
La terre vernissée est utilisée depuis très longtemps dans de nombreux arts populaires. Elle consiste à travailler une terre rouge, qu’on recouvre ensuite d’un engobe blanc. Cela forme une base sur laquelle on peut peindre des décors à partir d’oxydes ou de colorants. Une fois qu’elle est décorée, la pièce est émaillée avec une couverte transparente avant d’être cuite. C’est une technique qui m’a beaucoup parlé esthétiquement car elle offre un champ infini de possibilités pour la couleur et le décor.

À quel moment avez-vous su que ce serait votre terrain d’expression ?
Les trois mois que j’ai passés aux côtés d’artisans au Maroc ont été très riches. Je réalisais des décors traditionnels marocains, et peu à peu je me suis demandé comment je pourrais réinterpréter la technique pour qu’elle raconte mes récits. Je suis revenue en France et je me suis inscrite à la formation diplômante de la Maison de la Céramique à Dieulefit, dans la Drôme provençale. C’était passionnant, un peu comme si on ouvrait une boîte et que, pendant un an, on la remplissait d’outils (parmi lesquels je pioche encore aujourd’hui). Tous les intervenants étaient des professionnels : céramistes, potiers ou potières venus partager leur univers et leur savoir-faire pour nous aider à trouver notre propre identité. J’ai adoré l’intervention sur le décor de Jérôme Galvin. Depuis, je n’ai jamais arrêté la terre vernissée !

Vous vous êtes ensuite installée dans la Loire avec deux amies céramistes, puis dans un atelier-boutique à Saint-Valery-sur-Somme, avant d’emménager dans un ancien corps de ferme à quelques kilomètres. Comment votre travail a-t-il évolué grâce à ces différentes expériences ?
Grâce à l’atelier-boutique qui était situé dans la rue commerçante de Saint-Valery-sur-Somme, j’ai beaucoup progressé dans mon travail. Rencontrer les clients, expliquer, me renouveler assez vite… Tout cela a été formateur, mais j’étais aussi souvent interrompue. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un espace de travail super inspirant. Mon atelier existait déjà dans le corps de ferme que j’ai acheté avec mon amoureux. Il s’agit d’une ancienne boutique de tailleur, devenue ensuite l’atelier d’un bourrelier. Il me suffit de traverser la cour pour aller travailler ! C’est un espace baigné de lumière, vraiment très agréable. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être référencée dans de belles boutiques (Merci, Maison Sersk, Gachon Pothier…) pour diffuser davantage ma production, même si je suis toujours à flux tendu sur le stock ! J’ai aussi repris les marchés de potiers, ce qui m’a amenée à créer des formes différentes, avec une dimension plus artistique qu’artisanale. J’apprécie d’y retrouver le milieu de la céramique. C’est souvent très joyeux ! La poterie reste un métier de transmission.

Quel est votre processus créatif ?
De manière générale, j’alterne les périodes où je façonne l’argile et celles où je décore. Il y a beaucoup de choses que je fais de manière intuitive. Le façonnage est instantané et concret, il m’ancre et me recentre. Le décor est plus méditatif, propice à la rêverie. Je crée à la fois des pièces utilitaires (assiettes à dessert, vases boule, plats ovales, la plupart du temps avec une finition dentelée, pincée ou ondulée), et des grandes pièces, les pièces “plaisir” pour lesquelles je ne compte pas mon temps. J’utilise toutes les techniques de façonnage : tour, modelage, colombin, plaque, coulage… J’aime bien passer de l’une à l’autre, cela me permet de changer de rythme à l’atelier et d’aller au mieux vers les formes voulues, sans trop de limites techniques.

Pour le décor, c’est surtout le travail de la couleur et de la composition qui m’intéresse. La faïence et la technique de la terre vernissée me permettent d’aller vers des couleurs vibrantes. Je fais mes mélanges moi-même à partir de colorants de masse ou d’oxydes, comme une peintre. Je ne pèse jamais rien, donc je ne retrouve pas toujours les mêmes teintes, mais c’est ce qui me plaît ! Je constitue une palette de couleurs en fonction de l’envie du jour, puis la forme de la pièce induit le décor. La composition arrive souvent une fois que j’ai le pinceau à la main. Chaque pièce est une page blanche, un support de narration, que je décore d’un geste libre, proche de la peinture ou de la calligraphie. Je cherche toujours à sortir des codes pour raconter une histoire.

Vous vivez en pleine campagne, dans la baie de Somme dont vous êtes originaire. Qu’est-ce que cet environnement vous apporte ?
Mes décors ont toujours été très liés au végétal et à la nature. C’est ce qui m’entoure et me fait plaisir. Avec les saisons, il y a beaucoup de possibilités à explorer. L’intériorité m’inspire aussi ; la lecture me nourrit et me comble. Je travaille beaucoup en fonction de mon ressenti. Parfois, quand je ne sais pas quoi faire devant une pièce à décorer, je prends mon pinceau et mon corps fait le reste. Je crois beaucoup à la mémoire du geste. Mes décors prennent vie sur la poterie sans que je les aie vraiment conscientisés. C’est très naturel, comme quelque chose qui jaillit du cœur et des mains !

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